Ce trimestre à Ma Honko, un inventaire mené avec Asity Madagascar a recensé 46 espèces d'oiseaux d'eau sur 17 sites répartis dans quatre régions. Sept d'entre elles figurent sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le seuil d'importance internationale fixé par la Convention de Ramsar est en vue.

Avril 2026. La saison migratoire touche à sa fin, mais dans les mangroves de Melaky, Diana, Sofia et Boeny, les ornithologues d'Asity Madagascar sont encore sur le terrain. Le comptage progresse, site après site, jumelles rivées à l'horizon des vasières. Trente mille oiseaux d'eau sont recensés à ce jour. Le pic, en pleine migration, se situerait entre décembre et février, avec 35 000 à 40 000 individus attendus.
Le chiffre a une portée qui dépasse le comptage lui-même. Le critère 5 de la Convention de Ramsar, référence internationale sur les zones humides, fixe un seuil : 20 000 oiseaux d'eau pour qu'une zone soit reconnue d'importance internationale. Le comptage d'avril en a déjà dénombré 30 000 en fin de saison. Le comptage de pleine saison, à venir, dira si la ligne est franchie.
Les 46 espèces identifiées appartiennent à 14 familles. Sept d'entre elles figurent sur la liste rouge de l'UICN :
- Deux sont en danger critique d'extinction : le Pygargue de Madagascar et la Sarcelle de Bernier.
- Trois sont en danger : le Héron de Humblot, l'Ibis sacré de Madagascar et le Crabier blanc.
- Deux sont vulnérables : le Bécasseau cocorli et le Courlis cendré.
Ces sept espèces ont été observées sur 70 % des sites parcourus.
L'inventaire ne s'est pas arrêté aux oiseaux. Il a aussi mesuré la pression humaine, catégorie par catégorie d'écosystème. Faible sur les vasières intertidales et les plages côtières, modérée sur les fleuves et les chenaux de mangrove, forte sur les lacs. Trois menaces reviennent partout : la coupe de bois de mangrove, la pêche intensive et l'envasement.

Ce que ces chiffres permettent pour la restauration des mangroves à Madagascar
Une zone humide qui dépasse le seuil du critère 5 devient éligible à une désignation Ramsar, décision qui relève de l'État malgache et du Secrétariat de la Convention. Pour un partenaire, cette perspective déplace la conversation : on ne finance plus une plantation, on finance la préservation d'une infrastructure écologique dont la valeur est documentée selon une référence internationale.
Une gouvernance qui existait avant nous
À plusieurs centaines de kilomètres au nord, dans la région Diana, un autre chantier se boucle. Il n'a pas fait de bruit ni d'effet d'annonce. Des VOI, ou Vondron'olona Ifotony, structures communautaires de gouvernance forestière déjà en place bien avant l'arrivée de Bôndy, ont été réactivés. Elles n'ont pas été remplacées. Elles ont été redémarrées.
Ce trimestre, les VOI ont constitué une équipe de polisin'ala, les gardiens de la forêt en malagasy. Dix patrouilleurs en sont sortis formés. Ils surveillent désormais les zones de plantation et consignent les infractions constatées, dans un registre qui leur appartient.

Trois associations partenaires, deux dans la Diana et une dans la Sofia, ont par ailleurs monté leur dossier auprès du Green Ground Fund. Elles ont obtenu 5 000 dollars, un montant versé directement aux associations, pas à Bôndy. Cet argent finance des patrouilles de surveillance, du leadership féminin, des campagnes de sensibilisation et des ateliers d'échange.
Trente mille oiseaux recensés d'un côté, dix patrouilleurs formés de l'autre. Le comptage de pleine saison, entre décembre et février, dira si le seuil est franchi. La surveillance, elle, a déjà commencé.
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